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La Lettre suite...
L
Le rapport Stoléru
au Président de la République
Analyse du rapport. Note
de méthode : nous mentionnerons l’ensemble des propositions faites par
Monsieur Stoléru et à la suite de chacune d’elle, un bref commentaire
viendra donner notre analyse personnelle qui, bien sûr, n’engage que
nous même. Par ailleurs, cette Lettre d’actualité fera exception, par sa
longueur, à nos principes (pas plus de 6 à 7 pages), mais le sujet le
dicte et nécessite d’être traité en une fois.
Le 2 août 2007, Monsieur Stoléru, ancien
ministre et actuel Président du Conseil de développement économique
durable de Paris, se voit confier, par le Président de la République et
le Premier Ministre, la mission d’étudier les mesures qui permettraient
le développement des PME par les marchés publics. Amélioration de
l’accès des PME aux marchés publics, et notamment parmi elles, des plus
innovantes, comparaison avec des systèmes étrangers et notamment les
Etats-Unis avec le Small Business Act, mais aussi le Japon, la Corée ou
encore le Canada. Analyse de la conformité de ces régimes préférentiels
avec le droit national et communautaire et suggestions d’éventuelles
évolutions de ce dernier…
Le cadrage est clair : les PME et les
marchés publics. Monsieur Stoléru va bien répondre mais en privilégiant
une partie des PME : les plus innovantes et à l’exportation.
Le rapport Stoléru est remis au Président
de la République en décembre 2007.
Le ton est personnel, direct, concis. Le
rapport comporte 15 pages, pas plus, il sera donc lu.
« L’objectif que nous recherchons tous est
en effet crucial pour notre pays : amener nos PME vers le marché
international, alors qu’aujourd’hui seulement 5% de nos PME exportent
contre 12% des PME allemandes… Il s’agit d’identifier la PME qui peut
devenir la future Google, Amazon, EBay ou Apple demain sur le marché
mondial… Or nous savons qu’un marché public apporte à de telles
entreprises non seulement un chiffre d’affaires mais une référence sur
le marché mondial : pour vendre à Hong-Kong, mieux vaut être fournisseur
de la Reine d’Angleterre que de M. Smith… »
Trois parties :
-
Un Small Business Act Américain : arrêter le
combat perdu d’avance et inutile.
-
Un Small Business Act Européen : préparer un
projet essentiel pour la Présidence Française du second semestre
2008.
-
Une Small Business Administration à la
française : réformer en profondeur le système français.
1. Un Small
Business Act Américain avec quotas?
L’idée d’une loi sur les petits marchés à
la manière du Small Business Act américain ne parait pas bonne à Lionel
Stoléru pour plusieurs raisons : contrairement à une idée répandue, ce
ne sont sans doute pas les Américains qui y feraient obstacle, « ils se
moquent éperdument de l’accès des PME européennes aux marchés publics »,
mais plutôt la Commission de Bruxelles. Il faudrait modifier les
récentes directives sur les marchés publics pour réserver aux PME un
quota de marchés publics. Il n’est pas certain que cela soit praticable
en raison des principes de non discrimination des Traités fondateurs.
Mais surtout, pourquoi se battre pour donner 23% des marchés en valeur
aux PME quand elles en obtiennent déjà 33% en France et 43% en Europe,
les USA ayant abandonné depuis longtemps leurs propres quotas jugés
impraticables ? En outre personne ne le demande, ni la CGPME, ni le
MEDEF, ni encore l’UPA, la CAPEB, ni les Chambres de Commerce, des
Métiers ni le Comité Richelieu, nous dit le rapporteur.
Dans le cadre de l’Accord sur les Marchés
Publics (AMP) de l’OMC, mieux vaut se cantonner à demander le relèvement
des seuils d’application de l’Accord à 211 000 € pour tout le monde
alors qu’il est actuellement de 137 000 € pour l’Etat.
Proposition 1 : Demander à Genève de
relever à 211 000 € le seuil d’application des règles de l’Accord sur
les marchés publics, pour en exonérer l’essentiel des PME (qui
soumissionnent en général pour des marchés inférieurs).
Commentaire :
Excellente mesure. Le seuil reste, même à
211 000 €, trop bas.
2. Un Small Business Act
Européen : Préparer un projet essentiel pour la Présidence Française de
2008
A partir du moment où l’on ne parle plus de
quotas, Bruxelles serait non seulement réceptive mais demandeuse. En
Europe 42% des marchés en valeur vont à des PME ce qui est bien au
dessus du quota américain de 23%. Des politiques intelligentes sont
conduites ici ou là qu’il convient de généraliser à d’autres pays.
L’Angleterre par exemple mène une politique active d’accès des PME aux
marchés publics par un accompagnement très structuré de ces PME et par
des actions sur leur environnement.
Compléter ce dispositif par la création
d’un réseau européen d’information des PME sur les marchés publics et
identifier les « lead markets », marchés porteurs où des innovations
seraient sollicitées des PME (éco-activités par exemple).
Proposition 2 : Nommer à l’Elysée ou à
Matignon un chef de projet SBA européen chargé de préparer avec la
Commission pour le semestre de la Présidence Française une directive
englobant toutes les mesures favorables aux PME.
Commentaire :
Excellente mesure.
3. Une Small Business
Administration Française
(3.1 Le code des marchés publics ; 3.2 Les
comportements des acheteurs publics ; 3.3 Les attentes des PME).
3.1
Le code des marchés publics : une discrimination pour les PME
innovantes et un toilettage général.
3.11 Une action volontariste réservée aux
PME innovantes
Monsieur Stoleru considère le code des
marchés publics de 2006 comme bien meilleur que ceux de 2001 et de 2004.
Sans doute pense-t-il à l’obligation qui est faite d’allotir le marché,
sauf dérogation (article 10 du CMP). La mesure pose bien des problèmes
d’application et les dérogations seront nombreuses, elle n’en reste pas
moins une bonne mesure en faveur des PME.
Lionel Stoléru s’agace un peu devant notre
système juridique qui prône une égalité formelle au détriment de
l’égalité réelle. Il cite l’annulation par le Conseil d’Etat de la
disposition du code permettant la fixation d’un minimum de PME à
consulter et non à retenir…Selon le Conseil d’Etat seuls pourraient
être recevable les exceptions au principe d’égalité qui seraient dans
l’intérêt du marché public lui-même ou en faveur d’une cible restreinte
bien définie et légitimée, par exemple en faveur de considérations
sociales et environnementales, d’ailleurs admises par Bruxelles. Le
caractère innovant fait également partie des critères de jugement des
offres admis par le code actuel. On pourrait donc recourir à ce critère
pour les PME innovantes, celles qui consacreraient 10% de leur chiffre
d’affaires ou de leur personnel à la recherche-développement. Ce critère
serait légitimé par la nécessité de susciter la concurrence de demain
pour les acheteurs publics. Critère préférentiel de jugement des offres
et non quotas.
Proposition 3 : une discrimination positive
en faveur des PME innovantes.
-
Petits marchés publics
(inférieurs aux seuils communautaires) : réserver aux PME innovantes une
part de 15% de certains marchés : les marchés de haute technologie,
notamment défense, santé, énergie, éco-activités, transports et
nouvelles technologies de la communication. Cette part de 15% devrait
être considérée comme une moyenne, certains secteurs étant au dessus et
d’autres en dessous.
-
Marchés de recherche et
développement : mêmes avantages que ci-dessus. En amont de ces marchés,
il convient de développer le programme « passerelle » d’OSEO qui crée un
partenariat de recherche entre les PME et les grands comptes.
-
Sous-traitance :
inscrire dans les conditions du marché un minimum de montant de
sous-traitance à des PME innovantes (articles 14 et 48 du code).
-
Souplesse de procédures
aux acheteurs : généralisation des procédures négociées, des variantes
en faveur des PME innovantes (article 50) et encourager les
accords-cadres qui permettent d’identifier et de sélectionner des
fournisseurs pour des appels d’offres ultérieurs ».
L’auteur du rapport entend ici très probablement les marchés subséquents
de l’accord-cadre).
Commentaires :
Mesures en faveur des PME
innovantes : excellentes mais pas assez orientées à l’export.
On aurait pu penser à la traduction de résumés en langue française de
cahiers des charges étrangers pour motiver les PME à répondre à
des appels d’offres internationaux. (Cf. : conclusion).
Sous-traitance, on a quelques
doutes.
Généralisation des procédures
négociées. Très bonne mesure. Cela met l’adéquation entre la
demande et l’offre. Cependant, l’auteur ne va pas assez loin,
le recours au marché négocié devrait être libre à égalité avec l’appel
d’offres, quelque soit le montant estimé du marché, comme dans
la Directive 2004/17 relative aux industries de réseau.
Variantes : excellente mesure à
élargir à tous les marchés à l’égard de quelque entreprise
candidate que ce soit.
Accords-cadres : excellent.
3.12 Un toilettage du code des marchés
publics
Proposition 4 : un toilettage précis du
code des marchés publics
-
Sortir les hôpitaux du
code des marchés publics pour les mettre (comme leurs concurrents
privés) sous le régime, plus souple, de la Directive européenne.
-
Généraliser la
dématérialisation sur Internet des appels d’offres (annonces de marchés
et transmission en ligne des candidatures et des offres), les rassembler
sur un portail décliné ensuite par secteurs et par régions, simplifier
et rendre gratuite la signature électronique, actuellement trop coûteuse
pour les PME, supprimer l’obligation de publicité dans la presse écrite,
interdire les enchères inversées (article 54).
-
Généraliser
l’allotissement, en imposant aux acheteurs de motiver toute exception à
cette règle, généraliser les appels d’offres ouverts, les procédures de
variantes, d’accords-cadres, les procédures négociées, n’utiliser que
les marchés à procédure adaptée (MAPA) au dessous des seuils de 135 000
€ ou de 211 000 €. Une circulaire pourrait suffire.
-
Généraliser la
sous-traitance aux PME en en faisant un critère d’attribution des
marchés parmi les autres critères du « mieux disant », et favoriser les
groupements d’entreprises, comme c’est le cas pour les contrats
« partenariat-public-privé » (PPP).
-
Supprimer la double
enveloppe dans les appels d’offres, ne demander les attestations
fiscales et sociales qu’à l’entreprise ayant gagné le marché, instaurer
un référencement unique par le Centre de formalités des entreprises ou
par la certification d’un Commissaire aux comptes ».
Commentaires :
La proposition visant à sortir les hôpitaux
publics de la soumission au code des marchés publics est sans doute la
plus innovante. Elle donnerait plus de souplesse en effet aux acheteurs
hospitaliers, en privilégiant l’économie du contrat sur son formalisme
et en dispensant les acheteurs du juridisme de certaines jurisprudences
du Conseil d’Etat. Pas d’illusions cependant, la soumission à la
Directive 2004/18 resterait de droit, ce qui veut dire qu’en pratique
seuls seraient supprimées les apports du code par rapport à la
Directive, c'est-à-dire les modalités de mise en œuvre concrète des
principes et des procédures prévues par la Directive. Mais si certains y
verront plus de souplesse, d’autres s’inquiéteront de l’absence de
modalités pratiques… C’est toujours commode de se voir dicter une
procédure et de se réfugier derrière. C’est donc une mesure qui postule
un plus grand professionnalisme de l’achat public hospitalier, ce qui ne
devrait pas poser de problème insurmontables aux grandes structures et
ce qui va a priori dans le bon sens.
En réalité cette mesure pourrait être
élargie à toutes les collectivités publiques. Les soumettre aux seules
Directives les concernant, tant sont complètes ces dernières, et laisser
aux acheteurs les initiatives dans l’adoption des mesures concrètes de
contractualisation. Qu’apporte le code aujourd’hui dans la mesure où il
transpose pour plus de 80% de son contenu les dispositions
communautaires ? Il est probable que l’on y viendra, mais à quel terme,
c’est encore difficile de le dire aujourd’hui. Le code fera de la
résistance et certains corps de contrôle avec lui…Depuis 2001, nous
disons que le futur code pourrait être tout simplement les Directives
communautaires…
La mesure sur l’élargissement de la
dématérialisation est une bonne mesure qui accélère les politiques
actuelles.
-
Signature électronique gratuite ? Oui, cela coûte près de 100 €
par an par signataire.
-
Un portail unique dédié aux annonces relatives aux marchés
publics décliné par secteurs et par régions ? Oui, les modalités
actuelles de publicité sont trop hétéroclites et peu sécurisées sur le
plan juridique.
-
Supprimer la publicité dans la presse écrite ? Oui à partir du
moment où un portail national y est dédié, avec en outre à la clef des
économies considérables pour les acheteurs publics. Le coût des annonces
au BOAMP est scandaleusement élevé.
-
Interdire les enchères inversées ? Nous craignons que ce soit à
la fois excessif et trop contraire aux tendances modernes. Il n’y a pas
de raison de priver par principe les acheteurs publics d’un outil du
privé, en revanche il faudrait limiter ce moyen à certains secteurs et
produits de grande diffusion. dont les industriels ne sont pas
précisément des PME.
-
Généraliser l’allotissement et rendre la motivation d’un non
allotissement obligatoire ? Oui, mais c’est déjà le cas pour
l’allotissement en principe de droit. Ce qui est nouveau c’est la
motivation obligatoire, auprès de qui ? Et cela ne change pas
grand-chose. L’acheteur va motiver auprès de sa hiérarchie qu’il n’a pas
les moyens de coordonner tous les sous-traitants.
-
Elargir les variantes, les accords-cadres, les procédures
négociées ? Oui, comme indiqué plus haut, les variantes parce que cela
permet à l’innovation de s’exprimer, les accords-cadres par ce que c’est
la souplesse associée à une pluralité de fournisseurs, les procédures
négociées par ce que la négociation optimise l’adéquation entre la
demande et l’offre. Mais rien de révolutionnaire ici.
-
N’utiliser que les marchés à procédures adaptées (MAPA) en
dessous des seuils ? Oui, le contraire est assez rare, hormis le
regroupement de plusieurs lots, chacun inférieurs au seuil, en une seule
procédure d’appel d’offres qui est fréquente et génère des économies de
procédures. Dés lors que cet appel d’offres est alloti, les PME y ont un
accès naturel. Il n’y a donc pas de problème.
-
Généraliser la sous-traitance aux PME en en faisant un critère
d’attribution ? Ce serait l’idée que le candidat qui prévoirait une
sous-traitance plus large qu’un autre aux PME serait favorisé. Cette
mesure nous laisse dubitatif. D’abord notre souhait c’est que les PME
emportent le marché en tant que titulaire et non en tant que
sous-traitant, ensuite il est toujours délicat de forcer des mariages
entre titulaire et sous-traitants tout en prétendant que le titulaire
est seul responsable de son ou de ses sous-traitants. Enfin les
sous-traitants sont déjà le plus souvent des PME.
-
Favoriser les groupements d’entreprises ? Oui. On reste toutefois
étonné de voir que le rapporteur n’ait pas fustigé l’exigence de la
solidarité souvent exprimée par les acheteurs publics, le plus souvent
d’ailleurs illusoire, mais certainement très onéreuse pour les finances
publiques, car en cas de solidarité c’est tous les membres qui doivent
s’assurer en conséquence de ce risque….
-
Supprimer la double enveloppe dans les appels d’offres ? Oui,
dans les MAPA également. Très belle mesure demandée par nous-mêmes
depuis plusieurs années. L‘actuelle première enveloppe exigée des
candidats aux marchés publics est, disons le mot, une honte nationale…
C’est le moyen âge à l’heure affichée de la dématérialisation. Demander
un DC4 (lettre de candidature), un DC5 (déclaration du candidat), un DC6
(lutte contre le travail clandestin) de surcroît tous les six mois,
grande avancée !, un DC7 (attestations fiscales et sociales) aux
candidats à un marché public et ce autant de fois que l’on soumissionne,
y compris auprès d’une même collectivité publique, est le meilleur moyen
de les faire fuir surtout s’ils sont PME. Le rapporteur aurait pu
rappeler que la charge de la preuve du paiement des cotisations fiscales
et sociales devrait normalement relever des administrations qui ont
empoché les sommes. En ce sens nul n’aurait rien à fournir mais devrait
bien entendu être en règle avec ses diverses cotisations. C’est le sens
de la proposition pour un référencement unique par le Centre de
formalités des entreprises, mieux encore que le fameux dossier unique.
Bien sûr, excellente mesure.
3.2
Motiver les acheteurs publics
Qu’est-ce qui dicte le recours à l’appel
d’offres plutôt qu’au marché négocié ?
La peur nous dit Lionel Stoléru, la peur du
délit de favoritisme. Beau réalisme. L’ancien ministre ne pratique pas
la langue de bois. Pour lui, nous sommes dans « un système
perdant-perdant, où, si un acheteur choisit une PME,
-
c’est plus compliqué,
-
personne ne lui en saura
gré si cela se passe bien,
-
tout le monde lui tombera
dessus si cela se passe mal ».
Le rapporteur précise ses observations. Il
faut travailler sur les comportements des acheteurs. Ceux-ci sont de
trois niveaux :
Niveau 1 : le moins disant : j’achète au
prix le plus bas par appel d’offres.
Niveau 2 : le mieux disant : je consulte
des entreprises de toute taille et je considère en même temps le prix et
d’autres critères importants pour mon entreprise ; technicité,
fiabilité, soutien d’une concurrence entre fournisseurs.
Niveau 3 : le plus petit disant : je sais
que l’avenir de l’économie française passe par l’émergence de PME sur le
marché mondial, et je cherche à donner leur chance à de telles
entreprises, par le chiffre d’affaires qu’elles obtiendront et par la
référence que mon achat leur donnera sur le marché international.
L’ancien ministre ajoute : « Disons le
clairement, je n’ai rencontré aucun acheteur public français au niveau
3, et j’en ai rencontré peu au niveau 2. Le patriotisme économique du
niveau 3, c’est aux USA et en Israël qu’il faut aller le chercher…
Proposition 5 : abroger le délit de
favoritisme dans le code pénal : il tétanise inutilement les acheteurs
et cette dérogation doit s’inscrire dans la dépénalisation de la vie des
affaires voulue par le Chef de l’Etat.
Commentaires :
A gauche comme à droite, tous les
spécialistes en conviennent : le délit de favoritisme a été une fausse
bonne idée. Mais il faut un certain courage politique pour y toucher. Le
rapporteur cite le cas d’un marché de gré à gré de 5000 € pour lequel on
a fait travailler la magistrature jusqu’en Cour de Cassation afin de
condamner l’acheteur pour délit de favoritisme…Le délit n’a sans doute
pas empêché la corruption, mais il a paralysé la France entière des
marchés publics avec les effets pervers suivants : achat systématique au
moins disant (pas de justifications à donner), hyper formalisme et choix
des procédures les plus lourdes privilégiant le juridisme et
l’administratif à l’économie du contrat. Faut-il supprimer le délit ou
le réécrire afin notamment d’exiger du juge qu’il apporte la preuve de
l’intention délictuelle, conformément aux principes généraux du code
pénal ? C’est une question d’appréciation. Mettre à l’abri du risque
pénal les acheteurs de bonne foi est en revanche une nécessité absolue
pour l’efficacité de la commande publique. Aucun pays n’a semble-t-il
adopté notre délit de favoritisme. Dans le domaine de la lutte contre la
corruption, rien n’est pire que les faux semblants…Cette mesure est
importante enfin, parce qu’elle conditionne, en réalité, une bonne
partie des autres.
Proposition 6 : s’inspirer du dispositif
hollandais de fonds de garantie pour reconnaître le droit à l’erreur des
acheteurs publics. Il s’agit de geler 1% des marchés publics dans un
fonds qui indemnise les acheteurs publics ayant accordé un marché à une
PME dans le cas où ce marché se réalise mal. L’importance de cette
mesure tient moins à l’argent qu’à sa signification psychologique : on
encourage l’acheteur à aller vers les PME et on lui reconnait le droit à
l’erreur.
Commentaires :
Bonne mesure mais qu’il ne faudrait pas
transformer en usine à gaz.
Proposition 7 : encadrer la massification
en édictant les trois règles suivantes :
Un allotissement systématique ;
Une prise de risque vis-à-vis des PME plus
grande que ne l’aurait accepté un acheteur séparé ;
Une exigence de sous-traitance sur les gros
marchés.
Commentaires :
Il n’y a pas de miracle à espérer de ces
trois mesures.
Proposition 8 : organiser la traçabilité
des achats aux PME
Savoir et faire savoir qui achète à qui.
S’inspirer du modèle du Comité Richelieu qui compense par le
volontarisme l’absence de marchés réservés aux PME. C’est le Pacte PME
qui organise le renforcement des relations avec les PME dans les
politiques achat. Publication obligatoire d’indicateurs sur la part des
PME dans les achats de chacun des grands comptes signataires.
Que l’Etat passe une convention avec la
Compagnie des dirigeants et acheteurs de France (CDAF), l’Association
des Acheteurs des Collectivités Territoriales (AACT), l’Association pour
le Perfectionnement des Acheteurs du Secteur Public (APASP), pour
financer une action permanente de sensibilisation, de motivation et
d’échanges d’expériences entre les acheteurs. Enfin la délivrance du
prix du meilleur acheteur public à celui qui aura le mieux porté
attention aux PME.
Commentaires :
Bonnes mesures. C’est le back office.
Proposition 9 : Fixer à chaque grand
acheteur un objectif « niveau 3 » de coaching de certaine PME vers le
marché mondial. Le premier ministre devrait demander à chacun des 20
plus grands acheteurs publics de sélectionner chaque année 3 à 5 PME
innovantes et de les accompagner vers le marché international.
Commentaires :
Il y a du tutorat dans l’air. C’est une
bonne musique.
Proposition 10 : Installer les marchés de
haute technologie, notamment les marchés de la Défense au niveau 3,
c'est-à-dire mettre sur orbite internationale, grâce aux marchés de la
recherche et aux achats les PME innovantes dans les technologies
concernées.
Commentaires :
Bonne mesure. Pourquoi ne pas l’étendre
aussi à la recherche civile ?
3.3
accompagner les PME vers les marchés publics
3.31 Une priorité absolue : créer un réseau
France-PME
Le succès américain est beaucoup plus celui
de la Small Business Administration que celui du Small Business Act,
nous dit Stoléru. Il faut créer un réseau France-PME qui quadrille tout
le territoire et, bien en amont de tout appel d’offres, forme, informe
et oriente les PME vers les marchés territoriaux et nationaux.
Un portail Internet unique d’entrée sur la
totalité des informations sur les marchés publics et envoyer aux PME
concernées une newsletter mensuelle sans attendre qu’elles consultent le
site.
Construire ce réseau à partir de quelques
structures existantes : le réseau administratif : préfectures, DRIRE,
DRCE et services déconcentrés ; le réseau territorial avec les 26
régions ; le réseau opérationnel d’appui aux PME des Chambres de
Commerce, des Chambres des Métiers et le réseau d’experts comptables ;
enfin le réseau OSEO pour l’innovation et le réseau Ubifrance pour la
mise en orbite internationale des PME. Travailler en phase avec l’Union
Européenne : la Commission proposera un tel schéma pour le SBA européen
à partir de 70 régions d’Europe.
Proposition 11 :
Je propose donc que le gouvernement
constitue un réseau France-PME avec OSEO comme tête de réseau, et
l’ensemble des 26 régions et du réseau consulaire comme agents du
réseau. Le Premier Ministre devrait les réunir pour constituer ce
réseau, contractualiser une convention financière avec OSEO, et
organiser le lien avec le réseau des experts-comptables en remboursant
aux PME la moitié du contrat de service proposé par ces
experts-comptables.
Commentaires :
Renforcer la vocation naturelle d’OSEO et
d’Ubifrance à l’égard des PME est une bonne mesure. Eviter, au-delà, les
risques d’usine à gaz serait sage.
Quand au rôle clé et lucratif joué par les
experts-comptables, pourquoi pas laisser aux PME le soin de choisir leur
conseil y compris parmi les avocats ou autres conseils juridiques…
3.32 Le pacte PME comme réseau « France-PME
innovantes »
Proposition 12 : Il est proposé de
compléter le budget du Pacte PME (actuellement supporté par le Comité
Richelieu et OSEO) par une convention financière avec l’Etat de l’ordre
de 5 M€ par an.
Commentaires :
Bonne mesure.
3.3 La solution aux délais de paiement : le
factoring
Le rapporteur rappelle l’obligation de
paiement à 45 jours pour les collectivités publiques, à l’exception des
hôpitaux qui peuvent aller jusqu’à 50 jours. Il affirme que la PME qui
exigerait d’être payée dans les délais se verrait écartée pour toujours
des marchés ultérieurs, ce qui peut arriver mais bien moins souvent que
ne le pense notre rapporteur, me semble-t-il, en revanche nous le
suivons sans réticence lorsqu’il affirme qu’il existe mille et un moyens
de différer une facture afin de retarder l’écoulement du délai de
paiement global. Bref il faut améliorer les délais de paiement effectif.
Le rapporteur propose de raccourcir le délai global de paiement à 30
jours et de faire prendre en charge par l’Etat le coût du factoring.
Proposition 13 : Faire prendre en charge
par le réseau France-PME le coût du service de nantissement et de
factoring pour assurer aux PME le paiement de leur marché dans un délai
légal ramené à 30 jours et demander aux acheteurs publics de souscrire
un contrat de reverse-factoring au bénéfice des seules PME.
Commentaires :
Lionel Stoléru propose une solution qui a
fait ses preuves mais dans un usage révolutionnaire. La solution : la
société de factoring qui liquide et recouvre la créance au bénéfice de
la PME, mais là où l’usage devient révolutionnaire, c’est dans le fait
que ce serait la collectivité publique qui paierait ce service de
factoring (de 5 à 10% de la facture en moyenne) et non la PME…Stoléru
dit que c’est à « l’Etat de payer », on peut penser que c’est à bon
escient qu’il n’a pas écrit à la collectivité publique contractante,
éventuellement territoriale. S’agissant de marchés de collectivités
territoriales, on voit mal l’Etat pourquoi l’Etat paierait le défaut de
diligence de la dite collectivité, l’incitant par là même d’ailleurs à
ne jamais payer dans les délais, même si cette dernière n’y verrait
aucun inconvénient. Si c’est la collectivité publique acheteuse qui
devrait payer la société de factoring, alors on peut compter sur les
collectivités territoriales pour y mettre tous les freins possibles et
imaginables. Ce qui rend cette proposition à notre avis irréaliste et
déresponsbilisante c’est le paiement par l’Etat reporté sur le réseau
France-PME. En revanche la bonne mesure serait sans doute le paiement à
30 jours maximum pour toutes les collectivités publiques et les intérêts
moratoires automatiquement et réellement versés. L’Etat peut encore
donner des ordres aux comptables publics. L’idée d’un forfait important
de 1000 € dés le premier jour de retard parait en effet incitatif.
3.4
Un médiateur PME
Faire le lien entre le réseau France-PME –OSEO
et les acheteurs publics
Proposition 14 : un médiateur pour les
marchés publics
Je propose de créer auprès du Premier
Ministre un Médiateur PME marchés publics, sans aucune administration,
mais relayé chez chaque grand acheteur public par un médiateur PME
auprès du directeur des achats. Ce médiateur aurait pour correspondant
la tête de réseau de France-PME
Commentaires :
L’idée d’un réseau PME-acheteurs publics
est riche potentiellement et demandera un peu de temps pour aboutir à
des résultats tangibles. C’est sur les comportements que l’on travaille
ici et c’est toujours plus long, quelque soit par ailleurs son
positionnement. Positionnement élevé et sans administration parait une
bonne suggestion, tout dépendra alors du facteur personnel du titulaire
de la fonction.
Mais pourquoi tant de défiance à l’égard de
l’administration existante : le secrétariat d’Etat aux PME. N’est-ce pas
le lieu naturel de l’élaboration de la politique de l’Etat à l’égard des
PME, n’est-ce pas le secrétaire d’Etat lui-même qui pourrait et devrait
jouer ce rôle d’impulsion ? Faut-il placer ce secrétariat d’Etat au
moins pour quelques année auprès du Premier Ministre pour faciliter
l’interministériel, c’est peut être envisageable. Faut-il envisager un
remodelage des attributions entre le secrétariat d’Etat aux PME, celui
du commerce extérieur ou encore l’industrie, c’est possible.
Proposition 15 : A partir du moment où
c’est le Président de la République qui a pris l’initiative de cette
réforme, c’est à lui qu’il convient d’en rendre compte. Le propose donc
que le Président de la République fixe aux partenaires de ce dispositif
un rendez-vous de suivi début septembre 2008, en liaison avec les
travaux sur le SBA européen.
Conclusion
On a donc ici un catalogue de mesures, des
têtes de chapitre, qui nécessitent maintenant un travail avec des
experts pour en étudier les modalités concrètes.
Beaucoup de bonnes idées.
Certaines propositions auraient pu être
approfondies, l’allotissement par exemple. Même en allotissant, certains
lots restent d’un montant très élevé. On pense notamment à ceux de
certains grands groupements d’achat. Il faudrait que le code permette de
façon plus large et plus explicite la constitution de lots identiques
qui permettraient de retenir plusieurs opérateurs économiques pour un
objet identique. Cette technique associée à l’accord-cadre permettrait
de retenir plusieurs titulaires de la taille des PME.
Quelles sont les chances d’aboutissement de
ces propositions ?
Certaines mesures sont faciles à prendre,
d’autres non.
Il y a d’abord les mesures nationales
faciles comme la proposition 2 : nommer un chef de projet SBA européen,
ou encore la proposition 6 : fonds de garantie, ou encore la proposition
7 d’encadrement de la massification et la 8 : organiser la traçabilité
des achats aux PME. Même chose pour la 14 : un médiateur PME ou la 15 :
suivi à l’Elysée.
Il y a ensuite les mesures nationales plus
difficiles comme les proposition 3, 4 et 5 avec les modifications du
code des marchés publics, la part réservée à 15% pour les marchés de
recherche, la sortie des hôpitaux du code des marchés publics, la
suppression de la première enveloppe, la suppression du délit de
favoritisme, les mesures européennes, la proposition 9 : fixer à chaque
grand acheteur un objectif de coaching de certaines PME vers le marché
mondial et la proposition 10 : installer les marchés de haute
technologie au niveau 3. C’est encore le cas de la proposition 11 :
constitution d’un réseau France-PME, de la proposition 12 : cofinancer
la pacte PME, et de la proposition 13 : délai de paiement à 30 jours et
factoring.
Il y a enfin les mesures internationales
comme la proposition 1 : relever le seuil de l’accord sur les marchés
publics.
Sur le plan politique, il est certain que
la Présidence Française dés juillet 2008 va être très tentée d’aller
plus loin sur un sujet sur lequel le Président de la République s’est
engagé personnellement. On a donc des chances sérieuses d’en réentendre
parler et de voir certaines mesures concrètement adoptées.
.
Evidemment rien sur les groupements d’achat
actuellement très en vogue et pour cause…hormis pour dire que la
centrale d’achats de l’Etat qu’est l’UGAP
arrive à concilier massification et part importante de PME titulaires de
marchés, ce qu’elle a toujours fait. Mais les PME titulaires de marchés
avec l’UGAP ne sont pas dans les secteurs de l’imagerie médicale ni de
l’automobile. Cela pour dire qu’il y a des secteurs où se prête
légitimement une politique des PME et des secteurs où cela n’a pas de
sens. C’est le rôle sans doute de ce réseau France-PME que de montrer
aux acheteurs publics où, quand et comment les PME peuvent répondre avec
légitimité, capacité et compétences. Ces considérations nous ramènent
vite au prix et peut être le rapport est-il trop pudique sur la
question : acheter au « mieux disant » plutôt qu’au « moins disant »,
faire du développement durable, de la qualité durable, de la prime à
l’innovation, bref renoncer à acheter presque systématiquement au moins
disant, soit pour se couvrir, soit en raison de budgets très serrés. Qui
peut croire qu’il en aura durablement pour plus que son argent ?
Rien par ailleurs sur l’abus fréquent de
clauses léonines qui font fuir les entreprises sérieuses. Suggérer un
« désarmement contractuel » comme le font maintenant certaines grandes
entreprises publiques pour refaire venir des candidats à leurs marchés
et pour rééquilibrer les obligations contractuelles. Des CCAG avec une
dizaine de clauses de résiliation du marché au profit de
l’administration et aucune au profit du titulaire, ce n’est ni incitatif
ni moderne.
Rien enfin sur la question de la langue du
marché dans ce rapport, or le barrage linguistique est une réalité.
N’aurait-on pu proposer que l’objet de tout marché publié donne lieu à
une description détaillée résumée en 10 à 20 lignes et non en une simple
ligne comme on le voit souvent. Ce résumé de l’objet du marché publié
par exemple au JOUE serait traduit par celui-ci de l’une des 21 langues
officielles communautaires en français afin de permettre aux PME
françaises de capter un peu plus de marchés extérieurs. Autre moyen : il
existe des logiciels de traduction automatique dont les résultats
s’améliorent d’année en année. Il ne s’agirait pas d’une traduction à
valeur juridique mais d’une traduction permettant simplement à la PME de
se décider à y aller ou non. Trop d’affaires échappent par simple
ignorance de leur existence.
Il y aurait encore beaucoup à dire, mais
notre Lettre aussi a ses contraintes de place et il faut laisser murir
les choses.
Une future Lettre viendra vous commenter ce
qui aura été adopté de ces suggestions.
Très bonne lecture !
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